Kuma et Agou

La région de Kloto est réputé pour être  la région la plus fraiche du Togo.

Il y a 2 saisons : une saison sèche de novembre à mars et une saison des pluies de fin mars à fin octobre (en moyenne 900 à 1200 mm/an de précipitations, pour des températures oscillant de 20 à 40°C).
Paradoxalement, le sud du pays, zone de forêts denses, est moins arrosé aujourd’hui que le nord (1400 à 1600mm/an), naturellement plus aride, à cause de la désertification due à la déforestation massive ces dernières décennies.
Cette anomalie climatique s’accentue de plus en plus et agit directement sur les rendements des cultures. 

Les sols du pays sont majoritairement ferrugineux, largement favorables au bon développement de l’agriculture pour peu qu’ils soient entretenus de façon naturelle.

L’agriculture et l’alimentation en général tient une place importante dans la société togolaise.

Les cultivateurs sont par ailleurs autosuffisants pour les aliments de base, grâce à une production vivrière majoritaire, consommée directement ou vendue localement. Il s’agit de céréales (maïs, riz, sorgho et mil), de tubercules (igname, patate douce et manioc). 

A cela s’ajoutent  des fruits (banane, orange, ananas, avocats, mangue, pamplemousses, goyave, papaye, corossols…), des légumineuses (arachide, haricots) et des légumes (tomates, aubergines, choux, carottes, gombo, taro, oignons… et piment !). On trouve également un peu de canne à sucre et le palmier est également récolté pour la boisson : vin de palme et sodabi, omniprésent dans la culture togolaise.

Puis les cultures de rente, vouées uniquement à l’exportation : café et cacao dans la région, ailleurs le coton, l’huile de palme…En moindre proportions le karité, la cola, le poivre, le gingembre, l’hibiscus (bissap), la noisette de terre (effio)… le milieu est propice à toutes les essences tropicales.

La culture de la terre est complétée par l’élevage, rarement à grande échelle, de volaille, de chèvres, moutons, ânes, cochons, bœufs, et la pisciculture, principalement pour la consommation du foyer ou du village.

Les conditions matérielles et financières des cultivateurs étant limitées, la plupart misent sur des méthodes de culture traditionnelle comme le brûlis, par lequel une parcelle en jachère est soumise au feu pour mettre à nu la terre en vue des cultures. Ce procédé détruit donc une grande partie de la matière organique, si précieuse pour alimenter les organismes du sol.
Une autre technique observée visant à se libérer des herbes trop compétitives dans les parcelles est d’épandre manuellement, sans aucune protection, un herbicide vendu à grande échelle, du glyphosate pur hautement cancérigène. Un problème de santé majeur pour les cultivateurs, même si beaucoup sont conscients que cette substance n’est pas anodine, car ils refusent d’en épandre dans les parcelles vivrières.

Le bois étant facile à valoriser en plaine, les parcelles sont fortement déboisées, sans soucis de replanter derrière. Cela entraine rapidement l’aridification du milieu et perturbe par là même le climat régional.

Pour ce qui est des outils, le coupe-coupe est indispensable au cultivateur pour se frayer un chemin à travers la brousse, défricher, entretenir les parcelles, récolter. Il manie l’outils avec une grande dextérité, et l’aiguise régulièrement sur la tranche d’une simple dalle de schiste. La houe sert à travailler la couche arable, en sillon ou en butte selon le type de culture.

Les milieux du projet :

Agou et Kuma, deux milieux, deux approches différentes du projet.

Le canton de Kuma se situe dans les plateaux à l’ouest de Kpalimé, région vallonée culminant à 700m d’altitude.

Le climat est frais et humide à cette saison, et globalement plus frais que dans la plaine du fait de l’altitude. 

Le canton regroupe 10 villages relativement éloignés à cause des conditions de circulation difficiles, le projet se déroule en outre entre Kuma Apoti et Kuma Bala, au plus haut dans la montagne, à la frontière du Ghana. 

3000 personnes environ vivent ici, de l’agriculture principalement.

Les cultivateurs entretiennent en rotation des parcelles de maïs, de manioc et de riz pour la subsistance, ainsi que quelques légumes marginalement, autour de la maison quand c’est possible, et principalement le café pour la rente, géré à l’herbicide.

Le milieu est composé de jeunes forêts cultivées et de jachères, quelques spécimens anciens d’irokos, acacias, etc. subsistent dans les parcelles, mais globalement, les arbres sont couchés progressivement pour laisser place aux monocultures annuelles ou vivaces. 

Des fruitiers comme le bananier sont plantés dans les bas-fond humides, on trouve également quelques boisements éparses, rares foyers de biodiversité. 

Le problème du relief est critique car les sols pentus ne sont plus stabilisés par les systèmes racinaires de la forêt. Le phénomène d’érosion s’observe déjà et va s’accentuer dans les années à venir, au détriment de la population largement dépendante de la bonne santé du milieu. 

De plus, le café n’apporte pas à lui seul un rendement suffisant pour les familles, qui souhaitent diversifier leur production. 

L’enjeu est donc de mobiliser les cultivateurs sur l’importance de planter des arbres à haute valeur ajoutée dans leurs parcelles, afin de créer des jardin-forêts productifs, diversifiés et écologiquement stables. 


Le territoire d’Agou se caractérise par un milieu de plaine, à proximité du centre urbanisé de Kpalimé, connecté par la route qui viens de Lomé, la capitale. 

Une situation tout autre donc, bien plus anthropisée et très soumise à l’exploitation du bois. 

Le milieu est très ouvert, les parcelles plus grandes sont exploitées de façon plus intensive, la désertification pose déjà un vrai problème en saison sèche.

Le cacao est majoritairement cultivé pour la rente, ainsi que maïs, manioc, igname, etc pour la subsistance des familles. 

L’herbicide est également très utilisé. 

Le groupement bénéficie ici d’une vaste parcelle de 25ha, cédée par la chefferie d’Agou Nyogbo, sur laquelle vont être progressivement plantés les arbres de la pépinière, en vue de créer une exploitation collective diversifiée en associant bois d’œuvre, fruitiers et plantes médicinales.
La volonté des cultivateurs est également d’y créer un lieu de sensibilisation et de formation en vue de développer l’agroforesterie sur l’ensemble du territoire.

Les groupements de Kuma (« Novissi »)  et Agou (« la persévérance ») réunissent respectivement 10 et 12 cultivateurs et cultivatrices.
Ils s’organisent autour d’un président, un secrétaire et un trésorier qui gèrent l’organisation, la gestion des pépinières, des outils et des finances.